Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/75

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sa route, comme il avait déjà fait, entre le second pont et les barriques d’huile, jusqu’à la grande écoutille. Une fois arrivé là, il alluma son bout de chandelle et descendit à tâtons et avec la plus grande difficulté, à travers l’arrimage compact de la cale. Au bout de quelques instants, il fut très-alarmé de l’épaisseur de l’atmosphère et de son intolérable puanteur. Il ne croyait pas possible que j’eusse survécu à un si long emprisonnement, contraint de respirer un air aussi étouffant. Il m’appela par mon nom à différentes reprises ; mais je ne fis aucune réponse, et ses appréhensions lui semblèrent ainsi confirmées. Le brick roulait furieusement, et il y avait conséquemment un tel vacarme, qu’il était bien inutile de prêter l’oreille à un bruit aussi faible que celui de ma respiration ou de mon ronflement. Il ouvrit la lanterne, et la tint aussi haut que possible à chaque fois qu’il trouva la place suffisante, dans le but de m’envoyer un peu de lumière et de me faire comprendre, si toutefois je vivais encore, que le secours approchait. Cependant aucun bruit ne lui venait de moi, et la supposition de ma mort commençait à prendre le caractère d’une certitude. Il résolut cependant de se frayer, s’il était possible, un passage jusqu’à ma caisse, pour au moins vérifier d’une manière complète ses terribles craintes. Il poussa quelque temps en avant dans un déplorable état d’anxiété, lorsque enfin il trouva le chemin complètement barricadé, et il n’y eut plus moyen pour lui de faire un pas dans la route où il s’était engagé. Vaincu alors par ses sensations, il se jeta de désespoir sur un amas confus d’objets et se mit à pleurer comme un enfant. Ce fut dans cet