Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/93

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les mains de l’autorité. Peters, par suite de la trahison des siens, se voyait obligé de renoncer à son voyage dans le Pacifique, — expédition qui ne pouvait pas se faire sans un équipage, — et il comptait soit sur un acquittement pour cause de démence (il nous jura solennellement que la folie seule l’avait poussé à prêter son assistance à la révolte), soit sur un pardon, au cas où il serait déclaré coupable, grâce à mon intercession et à celle d’Auguste. Notre délibération fut interrompue pour le moment par le cri : — Tout le monde à serrer la toile ! — et Peters et Auguste coururent sur le pont.

Comme d’ordinaire, presque tous les hommes étaient ivres, et avant que les voiles fussent proprement serrées, une violente rafale avait couché le brick sur le côté. Cependant, en arrivant, il se redressa, mais il avait embarqué beaucoup d’eau. À peine tout était-il réparé, qu’un autre coup de temps assaillit le navire, et puis encore un autre immédiatement après, — mais sans avaries. Selon toute apparence, nous allions avoir une tempête ; en effet, elle ne se fit pas attendre, et le vent se mit à souffler furieusement du nord et de l’ouest. Tout fut serré aussi bien que possible, et nous mîmes à la cape, comme d’habitude, sous une misaine aux bas ris. Comme la nuit approchait, le vent fraîchit encore davantage, et la mer devint singulièrement grosse. Peters revint alors dans le gaillard d’avant avec Auguste, et nous reprîmes notre délibération.

Nous décidâmes qu’aucune occasion ne pouvait être plus favorable que celle qui se présentait maintenant pour mettre notre dessein à exécution, attendu qu’on ne