Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/94

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pouvait pas s’attendre à une tentative de cette espèce dans une pareille conjoncture. Comme le brick était à la cape, presque à sec de toile, il n’y avait aucune raison de manœuvrer jusqu’au retour du beau temps, et si nous réussissions dans notre tentative, nous pourrions délivrer un ou peut-être deux des hommes pour nous aider à ramener le navire dans un port. La principale difficulté consistait dans l’inégalité de nos forces. Nous n’étions que trois, et dans la chambre ils étaient neuf. Et puis, toutes les armes du bord étaient en leur possession, à l’exception d’une paire de petits pistolets, que Peters avait cachés sur lui, et du grand couteau de marin qu’il portait toujours dans la ceinture de son pantalon. Certains indices d’ailleurs nous donnaient à craindre que le second n’eût des soupçons, au moins à l’égard de Peters, et qu’il n’attendît qu’une occasion pour se débarrasser de lui ; — ainsi, par exemple, on ne pouvait trouver aucune hache ni aucun anspect à leur place ordinaire. Il était évident que ce que nous étions résolus à faire ne pouvait se faire trop tôt. Cependant nous étions trop inégaux en forces pour ne pas procéder avec la plus grande précaution.

Peters s’offrit à monter sur le pont, et à entamer une conversation avec l’homme de quart (Allen), jusqu’à ce qu’il pût trouver un bon moment pour le jeter à la mer sans peine et sans faire de tapage ; ensuite, Auguste et moi, nous devions monter et tâcher de nous emparer de n’importe quelles armes sur le pont ; enfin, nous précipiter ensemble et nous assurer du capot d’échelle avant qu’on eût pu opposer la moindre résistance.