Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/98

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nous démontrait clairement que l’équipage était trop bien sur ses gardes pour se laisser surprendre par le moyen que nous suggérait Peters. Il fallait cependant prendre un parti, et cela, dans le plus bref délai possible ; car il était bien certain que Peters, ayant une fois attiré des soupçons, devait être sacrifié à la prochaine occasion. Cette occasion, on la trouverait à coup sûr, ou on la ferait naître à la première embellie.

Auguste suggéra alors que, si Peters pouvait seulement enlever, sous un prétexte quelconque, le paquet de chaînes placé sur la trappe de la cabine, nous réussirions peut-être à tomber sur eux à l’improviste par le chemin de la cale ; mais un peu de réflexion nous convainquit que le navire roulait et tanguait trop fort pour permettre une entreprise de cette nature.

Par grand bonheur, j’eus à la fin l’idée d’opérer sur les terreurs superstitieuses et la conscience coupable du second. On se rappelle qu’un des hommes de l’équipage, Hartman Rogers, était mort dans la matinée, ayant été pris par des convulsions deux jours auparavant, après avoir bu un peu d’eau et d’alcool. Peters nous avait exprimé l’opinion que cet homme avait été empoisonné par le second, et il avait, disait-il, pour le croire, des raisons incontestables, mais que nous ne pûmes jamais lui arracher ; ce refus obstiné était d’ailleurs conforme à tous égards à son caractère bizarre. Mais qu’il eût ou qu’il n’eût pas de plus solides motifs que nous-mêmes de soupçonner le second, nous nous laissâmes facilement persuader par ses soupçons, et nous résolûmes d’agir en conséquence.

Rogers était mort vers onze heures du matin, à peu