Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/99

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


près, dans de violentes convulsions ; et son corps offrait, quelques minutes après la mort, un des plus horribles et des plus dégoûtants spectacles dont j’aie gardé le souvenir. L’estomac était démesurément gonflé, comme celui d’un noyé qui est resté sous l’eau pendant plusieurs semaines. Les mains avaient subi la même transformation, et le visage, ridé, ratatiné et d’une blancheur crayeuse, était, en deux ou trois endroits, comme cinglé d’éclaboussures d’un rouge ardent, semblables à celles occasionnées par l’érésipèle. Une de ces taches s’étendait en diagonale à travers la face et recouvrait complètement un œil, comme un bandeau de velours rouge. Dans cet état affreux, le corps avait été remonté de la chambre vers midi pour être jeté par-dessus bord, quand le second, y jetant un coup d’œil (il le voyait alors pour la première fois), touché peut-être du remords de son crime, ou simplement frappé d’horreur par un si affreux spectacle, ordonna aux hommes de le coudre dans son hamac et de lui octroyer la sépulture ordinaire des marins. Après avoir donné ces ordres, il redescendit, comme pour éviter désormais le spectacle de sa victime. Pendant qu’on faisait les préparatifs pour lui obéir, la tempête avait augmenté d’une manière furieuse, et, pour le présent, cette besogne fut laissée de côté. Le cadavre, abandonné à lui-même, se mit à nager dans les dalots de bâbord, où il était encore au moment dont je parle, se débattant et se secouant à chacune des embardées furieuses du brick.

Ayant arrangé notre plan, nous nous mîmes en devoir de l’exécuter aussi vivement que possible. Peters monta