Page:Elder - Le Peuple de la mer.djvu/58

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avait laissé là beaucoup de sa grande joie d’amour qui demeurerait comme une petite âme au cœur même du bateau.

Et pourtant, la bourrasque persistante l’inquiétait. Depuis son lancement, Le Dépit des Envieux n’avait pu se mesurer avec les autres et battre la mer libre pour laquelle il était fait. Urbain ne soufflait mot, mais son visage se fermait davantage et elle sentait que le temps lui durait à terre. Les hommes pouvaient haïr sa barque, mais la mer, pourquoi n’était-elle pas plus clémente ? La Marie-Jeanne s’efforçait d’être gaie, active, mais quand son homme ne l’entendait pas, elle disait volontiers « qu’ils n’avaient pas de chance ! »

Enfin le soleil reparut. Au ciel à peu près nettoyé, flottaient encore de grands nuages fous, comme des oiseaux perdus derrière un vol passé, et leur ombre, sur l’océan, déplaçait des taches sombres, immenses. Dans le matin pâle les vareuses bleues se pressèrent vers la jetée. Les canots débordaient, accostaient les chaloupes ; les avirons heurtaient les coques, battaient l’eau, et déjà les sloops appareillaient au cri des poulies. Le soleil bas frappait l’intérieur de la digue, allumant les granits blonds qui, comme un mur d’or, se reflétaient dans la mer plate.

Sur la dune, parmi le vert jaune des joncs courts, une petite femme guettait, la coiffe lumi-