Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/109

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— Vous aurez bien des heures de solitude, Dorothée ; car je serai forcé d’utiliser le plus possible le temps de notre séjour à Rome, et je me sentirais plus libre si je vous savais une compagne.

Ces mots : « Je me sentirais plus libre » retentirent douloureusement au cœur de Dorothée. Pour la première fois en parlant à M. Casaubon, elle rougit de mécontentement.

— Il faut que vous m’ayez bien mal comprise, dit-elle, si vous pensez que je ne saurais pas apprécier la valeur de votre temps, si vous pensez que je ne renoncerais pas volontiers à tout ce qui serait un obstacle au but que vous vous proposez.

— C’est bien aimable à vous, ma chère Dorothée, dit M. Casaubon sans remarquer le moins du monde qu’elle fût blessée ; mais, si vous aviez auprès de vous une dame ou une amie pour vous tenir compagnie, je pourrais vous confier toutes deux aux soins d’un cicerone, et nous accomplirions ainsi deux tâches dans le même temps.

— Ne me parlez plus de cela, je vous en prie, répliqua Dorothée avec quelque hauteur. — Mais, craignant aussitôt d’avoir eu tort, et se tournant vers lui, elle posa sa main sur la sienne, ajoutant d’un ton de voix adouci :

— Ne vous préoccupez pas de moi, j’aurai tant de choses pour remplir ma pensée et mes heures quand je serai seule, et Tantripp, d’ailleurs, me suffira parfaitement. Célia s’ennuierait et je ne voudrais pour rien au monde qu’elle m’accompagnât.

Il était temps de s’habiller. On donnait, ce jour-là, un grand dîner, le dernier des dîners de cérémonie, préliminaires obligés du mariage, qui avaient eu lieu à la Grange ; Dorothée fut ravie d’avoir une raison de s’esquiver au premier son de la cloche, comme si elle eût eu besoin pour se préparer de plus de temps que d’habitude. Il lui répugnait