Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/111

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uns, hypocrite aux yeux des autres. La présence de plusieurs personnes de professions variées donna à mistress Cadwallader l’occasion de regretter le temps où les divers rangs de la société ne se confondaient pas ainsi et de déclarer que les invitations trop étendues de M. Brooke marquaient bien le relâchement de mœurs qu’il avait contracté dans ses voyages, en même temps que son habitude d’entrer beaucoup trop vite dans toutes les idées nouvelles.

À peine miss Brooke avait-elle, le dîner fini, franchi le seuil de la salle à manger, que des exclamations se tirent entendre.

— Une belle femme, cette miss Brooke, une femme remarquablement belle, par Dieu ! prononça d’une voix forte et profonde M. Standish, le vieil avoué, qui, à force de fréquenter la noblesse territoriale, était devenu lui-même propriétaire foncier et se plaisait à marquer ses discours d’une empreinte distinguée en rapport avec sa position.

Il paraissait s’être adressé à M. Bulstrode, le banquier ; mais celui-ci, qui n’aimait ni le grossier ni le profane, se contenta de s’incliner. La remarque fut relevée par M. Chichely, célibataire entre deux âges, aux cheveux rares, arrangés avec soin, renommé comme homme de sport, dont le teint se rapprochait de la couleur d’un œuf de Pâques, et dont le maintien impliquait qu’il avait conscience de son apparence distinguée.

— Oui, dit-il, mais ce n’est pas mon genre de femme. J’aime les femmes qui se dépensent un peu pour nous plaire. Il devrait toujours y avoir chez la femme un peu de coquetterie, ce genre de provocation nous est agréable et nous sommes d’autant plus heureux qu’elles se donnent plus de peine pour nous séduire.

— Cela est assez vrai, dit M. Standish, de joyeuse humeur. Eh ! par Dieu ! n’est-ce pas ce qu’elles font d’ordinaire ? Je présume que c’est pour répondre à quelques sages