Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/118

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dieux qu’il aimait, et du moment qu’un homme rencontre la femme de ses rêves, n’eût-il nullement l’intention de se marier, la question de savoir s’il restera ou non célibataire dépendra en général de la volonté de la jeune fille beaucoup plus que de la sienne. Lydgate ne songeait pas au mariage quant à présent. Il lui fallait d’abord se tracer un bon et sûr sentier en dehors de la grande voie frayée ouverte à tous. Il avait vu miss Vincy apparaître et s’élever à son horizon dans le même temps à peu près qu’il avait fallu à M. Casaubon pour se fiancer et pour se marier ; mais ce savant gentleman était en possession d’une fortune considérable ; il avait amassé des notes volumineuses et s’était acquis cette sorte de réputation qui précède l’accomplissement d’une œuvre et qui souvent forme la plus grande partie de la renommée d’un homme. Il prenait une femme pour orner la dernière étape de la course de sa vie, pour être auprès de lui comme une petite lune qui n’apporterait pas de changement fâcheux dans ses habitudes. Lydgate était jeune, pauvre, ambitieux ; il avait devant lui son demi-siècle de vie, et il était venu à Middlemarch pour accomplir une tâche qui n’était pas précisément propre à faire sa fortune ni même à lui assurer un fameux revenu. Prendre femme dans ces conditions, est quelque chose de plus qu’une simple question d’agrément, quelque importance qu’ait l’agrément en cette affaire, et Lydgate était disposé à lui assigner la première place entre toutes les qualités de la femme. À son goût, et il n’avait pu en juger que par une seule conversation, miss Brooke, malgré son incontestable beauté, devait manquer de cette sorte de charme.

Elle n’envisageait pas les choses au point de vue essentiellement féminin ; en compagnie d’une pareille femme, on ne rencontrait, pour se reposer de son grand labeur, qu’un nouveau travail à accomplir, en rentrant, au lieu de se trouver transporté dans un véritable paradis avec de doux rires