Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/124

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— Je ne sais ce que vous n’iriez pas inventer, Fred, pour en arriver à vos fins.

— Eh bien, dites-moi si c’est de la poésie ou de l’argot d’appeler un bœuf « un tourne-jambe » ?

— Sans doute, cela peut s’appeler poésie, si l’on veut.

— Ah ! ah ! miss Rosy, vous ne distinguez pas la langue d’Homère de l’argot ! J’inventerai un nouveau jeu, j’écrirai sur des petits papiers des fragments de poésie et des expressions d’argot et je vous les donnerai à démêler.

— Mon Dieu ! que c’est donc amusant d’écouter la conversation des jeunes gens, dit mistress Vincy dans un élan d’admiration.

— N’avez-vous rien d’autre pour mon déjeuner, Pritchard, dit Fred au domestique qui apportait du café et des rôties ; et il faisait le tour de la table examinant le jambon, le bœuf salé et les autres restes froids avec l’air de s’en soucier médiocrement.

— Monsieur désire-t-il des œufs ?

— Des œufs ? non. Apportez-moi une côtelette grillée.

— En vérité, Fred, dit Rosemonde après que le domestique fut sorti, s’il vous faut absolument des plats chauds pour votre déjeuner, vous pourriez descendre plus tôt. Vous savez fort bien vous lever à six heures quand il s’agit d’aller à la chasse. Je ne puis comprendre pourquoi, les autres jours, vous trouvez si difficile de vous lever.

— Voilà précisément votre manque de compréhension, Rosy ! Il m’est facile de me lever de bonne heure pour aller à la chasse, parce que c’est une chose que j’aime.

— Que penseriez-vous de moi si je descendais deux heures après tout le monde et si je me commandais des côtelettes grillées ?

— Je dirais que vous êtes exceptionnellement avancée pour votre âge, dit Fred, mangeant sa rôtie avec le plus grand sang-froid.