Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/129

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miss Rosemonde, je dirai à ce prétendant combien vous êtes aimable.

— Pourquoi serait-ce à moi de vous faire plaisir en vous écoutant jouer de la flûte, au lieu de me faire plaisir vous-même en n’en jouant pas ?

— Et pourquoi serait-ce à moi à vous emmener promener à cheval ?

La question amena un accommodement, car Rosemonde avait mis dans sa tête qu’elle ferait la promenade à cheval.

C’est ainsi que Fred put jouir pendant une heure entière de l’étude d’Ar hid y nos — Ye banks and bræs et autres airs favoris de son « École du flûtiste », exercice des poumons où il mettait beaucoup d’ambition et des espérances sans limites.



CHAPITRE XII


La promenade à Stone-Court, que Fred et Rosemonde firent le lendemain matin, traversait une jolie campagne, des prés et des pâturages bordés de haies touffues qui offraient aux oiseaux leurs fruits de corail rouge. Chaque prairie avait sa physionomie particulière, grâce à ces menus détails, chers aux yeux qu’ils ont frappés depuis l’enfance, et qui constituent pour les êtres nés à la campagne, comme une vraie gamme de joie dans un paysage. Dans un coin du champ, entourée d’herbes humides, la mare sur laquelle les arbres se penchent avec un bruissement mystérieux ; le grand chêne abritant une place aride au milieu du pâturage ; le banc de gazon où croissent les frênes ; la pente abrupte de la vieille marnière faisant un fond rouge à la bardane verte ; les meules et les toits pêle-mêle de la ferme,