Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/134

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— Il n’en est que plus fou, dit M. Featherstone, que reprit un violent accès de toux.

L’accès durait encore, quand Rosemonde, relevant son amazone avec infiniment de grâce, entra dans la chambre. Elle s’inclina cérémonieusement devant mistress Waule, fit de la tête en souriant un petit signe à Mary et resta debout sans bouger jusqu’à ce que la toux de son oncle, s’étant calmée, lui permît de la remarquer.

— Eh ! vous voilà, miss ? dit-il enfin. Vous avez de belles couleurs. Où est Fred ?

— Il s’occupe de nos chevaux. Il va venir.

— Asseyez-vous, asseyez-vous. — Mistress Waule, vous feriez aussi bien de vous en aller.

Les voisins mêmes qui appelaient Pierre Featherstone un vieux renard, ne l’avaient jamais accusé de fausse politesse, et sa sœur était très habituée à cette absence complète de formes qui témoignait de sa manière de comprendre les rapports de famille. Se levant lentement et sans aucun signe de ressentiment, elle dit de son ton monotone et sourd :

— Mon frère, j’espère que le nouveau médecin pourra quelque chose pour vous. J’entends dire par Salomon qu’on se loue beaucoup de son habileté. Je vous assure que je souhaite de tout mon cœur de vous voir guéri. Et personne n’est plus disposé à vous soigner que votre propre sœur et vos propres nièces, vous n’auriez qu’à dire un mot. Il y a Rébecca, et Jeanne, et Élisabeth, vous savez ?…

— Eh ! je m’en souviens. Vous verrez que je me suis souvenu d’elles toutes, oui, toutes, laides et brunes. — Elles auront besoin de quelque fortune, eh ? Il n’y a jamais eu la moindre beauté chez les femmes de notre famille ; mais les Featherstone ont toujours eu de la fortune et les Waule aussi. Il avait de l’argent, et de la chaleur aussi, Waule, eh ! eh ! Adieu, mistress Waule.

Ici, M. Featherstone tira sa perruque sur ses oreilles