Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/138

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y a une chose que je suis, moi, arrivé à démêler assez clairement, du temps que j’allais à l’église : c’est que le Dieu tout-puissant s’attache à la terre. Il promet des terres et il donne des terres ; c’est avec du blé et du bétail qu’il enrichit les hommes. Mais vous prenez, vous, l’autre côté de la question et vous préférez Bulstrode et ses spéculations à Featherstone et à ses terres.

— Je vous demande pardon, monsieur, dit Fred d’un ton boudeur en se levant et allant s’appuyer le dos à la cheminée. Je n’aime ni Bulstrode ni les spéculations.

— Bien, bien. Vous pouvez vous passer de moi, cela est assez clair, dit le vieux Featherstone, secrètement mécontent de ce que Fred pût montrer la moindre indépendance. Vous n’avez pas besoin de terres pour faire de vous un squire au lieu d’un ecclésiastique affamé, et une centaine de livres vous gêneraient apparemment (ceci soit dit en passant). Quant à moi, cela m’est égal. Je puis ajouter cinq codicilles à mon testament, et je garderai mes billets de banque dans un nid chaud pour qu’ils en produisent d’autres. Cela m’est égal.

Fred rougit de nouveau. Featherstone lui avait rarement donné de l’argent, et, pour le moment, il lui semblait presque plus pénible de dire adieu à la perspective immédiate des billets de banque qu’à la perspective plus éloignée de l’héritage.

— Je ne suis pas ingrat, monsieur. Je n’ai jamais voulu me montrer dédaigneux des bonnes intentions que vous pouviez avoir pour moi.

— Très bien. Prouvez-le donc, alors. Apportez-moi une lettre de Bulstrode, disant qu’il ne croit pas que vous ayez été vous vanter de payer un jour vos dettes avec mes terres ; et alors, admettant que vous soyez dans quelque embarras, nous verrons si je puis ou non faire quelque chose pour