Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/141

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


au lieu de lui dire qu’elle devait se trouver heureuse, faisaient quelque chose pour son bonheur.

Sa figure sans beauté avait gagné avec l’âge et appartenait à cette bonne médiocrité que les femmes de notre race ont portée de tous temps, et sous toutes les latitudes, ornée d’une coiffe plus ou moins seyante. Rembrandt eût aimé à la peindre et à mettre en relief sur la toile ses traits un peu rudes avec leur honnêteté intelligente ; car l’honnêteté et la sincérité étaient les vertus dominantes de Mary ; elle n’essayait ni de faire naître des illusions sur son compte, ni de s’en créer à ses propres yeux, et, quand elle était de bonne humeur, elle avait assez d’esprit pour se moquer d’elle-même. En se trouvant avec Rosemonde soudain réfléchie dans la glace, elle s’écria en riant :

— Quelle tache noire je fais à côté de vous, Rosy ! Vous êtes pour moi la plus désavantageuse des amies !

— Oh non, personne ne songe à votre extérieur, vous êtes si bonne et si utile ! La beauté est réellement une chose bien secondaire, dit Rosemonde tournant la tête vers Mary, tout en cherchant des yeux à suivre dans la glace cette nouvelle attitude de son cou.

— Vous voulez dire ma beauté, répliqua Mary d’un ton légèrement sardonique.

Vraiment cette pauvre Mary, pensa Rosemonde, prenait de travers les choses les plus tendres.

Elle ajouta à haute voix :

— Qu’avez-vous fait ces derniers temps ?

— Moi ? Oh je me suis occupée de la maison, j’ai versé des tisanes, j’ai eu l’air d’être aimable et contente et je suis arrivée à me faire une fâcheuse opinion des autres.

— C’est une triste vie que vous avez là.

— Non, dit Mary sèchement. Je préfère ma vie à celle de votre miss Morgan.