Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/140

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et Rosemonde, ôtant son chapeau devant la table de toilette, rajusta son voile et lissa doucement du bout des doigts ses cheveux d’un blond idéal, qui n’était ni jaune ni couleur de lin. En contraste avec la franche simplicité de Mary Garth le miroir renvoyait à Rosemonde l’image d’une nymphe la regardant avec des yeux d’un bleu céleste, assez profonds pour renfermer toutes les admirables pensées qu’un témoin ingénieux eût voulu y mettre, et assez profonds aussi pour cacher les pensées peut-être moins admirables de leur propriétaire. Il y avait peu d’enfants à Middlemarch qui parussent blonds à côté de Rosemonde et la taille svelte que dessinait son amazone avait des ondulations délicates.

Le fait est que la plupart de hommes à Middlemarch (ses frères exceptés), regardaient miss Vincy comme la meilleure fille du monde, et quelques-uns même l’appelaient un ange. Mary Garth, au contraire, avait l’apparence d’une pécheresse ordinaire ; elle était brune, ses cheveux noirs, frisés, étaient durs et rebelles ; elle était petite, et il ne serait pas vrai de dire comme antithèse à ces défauts qu’elle possédait toutes les vertus. La laideur comme la beauté a ses tentations et ses vices ; elle ne sait pas toujours feindre l’amabilité et elle est capable de montrer désagréablement sa mauvaise humeur ; il est bien permis cependant à la compagne d’une charmante créature d’éprouver une impression peu agréable à s’entendre toujours traiter de laideron à côté d’elle. À l’âge de vingt-deux ans, Mary n’avait certainement pas acquis encore cette parfaite sagesse et ces fermes principes que l’on recommande d’ordinaire aux jeunes filles peu favorisées du sort, comme s’il était possible de les absorber en doses toutes préparées avec le parfum de résignation nécessaire. Sa finesse était empreinte d’une teinte d’amertume satirique qui reparaissait toujours et ne la quittait jamais complètement, sauf lorsqu’un courant irrésistible de gratitude faisait déborder son cœur envers ceux qui,