Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/171

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Fred aussi avait sa fierté et ne voulait pas laisser voir qu’il savait ce qui avait provoqué cet éclat de Mary.

— Oh ! je ne suis pas fâchée, si ce n’est contre les façons du monde. J’aime qu’on me parle comme à quelqu’un qui a le sens commun. Il me semble souvent que je pourrais en comprendre un peu plus que tout ce que je m’entends dire, même par les jeunes gens qui ont été au collège.

Mary s’était calmée et, tout en parlant, elle s’efforçait de réprimer un joyeux éclat de rire qui faisait plaisir à entendre.

— Je ne me blesse pas de ce que vous soyez si gaie à mes dépens ce matin, dit Fred. Je vous ai trouvée si triste quand je vous ai vue là-haut tout à l’heure. C’est une indignité que vous restiez ici pour être malmenée de cette façon.

— Oh j’ai relativement une vie facile. J’ai essayé d’être institutrice et je ne suis pas faite pour cela, j’ai l’esprit trop indépendant. N’importe quelle tâche pénible vaut mieux, je trouve, que de faire une chose pour laquelle on est payé et qu’on ne fait pourtant jamais bien. Ici, je m’acquitte de mes devoirs aussi bien que qui que ce soit et peut-être même mieux que certaines personnes… que Rosy par exemple, bien qu’elle soit précisément comme une de ces belles créatures qu’on voit emprisonnées avec des ogres dans les contes de fées.

— Rosy ! s’écria Fred d’un ton qui témoignait à un haut degré du scepticisme de ses sentiments fraternels.

— Allons, Fred ! Vous n’avez pas le droit d’être sévère.

— Entendez-vous par là quelque chose de particulier en ce moment ?

— Non, je veux dire tout en général, comme toujours.

— Oh ! que je suis paresseux et extravagant. Eh bien, c’est vrai, je ne suis pas fait peur être pauvre, et, riche, je n’aurais pas été un mauvais diable.