Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/172

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Vous auriez fait votre devoir dans la situation où il n’a pas plu à Dieu de vous placer ? dit Mary en riant.

— J’en conviens. Je ne suis pas plus fait pour être pasteur que vous pour être institutrice. Comment n’avez-vous pas un peu de sympathie pour ce point commun entre nous, Mary ?

— Je n’ai jamais dit que vous dussiez être pasteur. Il y a bien d’autres professions. Mais je trouve déplorable que vous ne songiez pas à choisir une carrière et à travailler en conséquence.

— Je le ferais bien si…

Fred s’arrêta et alla s’appuyer à la cheminée.

— Si vous étiez sûr de ne pas avoir de fortune ?

— Je n’ai pas dit cela. Décidément vous me cherchez querelle. C’est mal à vous de vous laisser influencer par les bavardages que l’on fait de moi.

— Comment puis-je vouloir me quereller avec vous ? Ce serait me quereller avec tous mes nouveaux livres, dit Mary montrant le volume qui était sur la table. Si méchant que vous soyez pour les autres, vous êtes bon pour moi.

— Parce que je vous aime mieux que n’importe qui. Mais je sais que vous me méprisez.

— Oui, un peu, dit Mary avec un bon sourire.

— Vous réservez votre admiration pour un de ces garçons phénomènes qui ont sur toutes choses de sages opinions.

— Oui, à coup sûr.

Mary cousait rapidement et semblait maîtresse de la situation d’une façon tout fait provocante.

La conversation avait pris un mauvais tour pour Fred Vincy, qui ne faisait que s’enfoncer plus profondément dans son embarras.

— Il n’y a pas de chances pour qu’une femme s’éprenne de quelqu’un qu’elle a toujours connu, du plus loin qu’elle