Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/197

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et, de sa main levée, caressa les merveilleux bandeaux de ses cheveux blonds ; geste habituel chez elle et plein de grâce comme les mouvements de la patte d’un jeune chat. Ce n’est pas que Rosemonde ressemblât le moins du monde à un jeune chat : c’était une véritable sylphide prise toute jeune et élevée à la pension de mistress Lemon.

— Je vous assure que j’ai l’esprit bien ignorant, dit-elle aussitôt ; cela passe à Middlemarch, je ne suis pas intimidée de causer avec nos vieux voisins ; mais j’ai réellement peur de vous.

— Une femme accomplie en sait toujours plus que nous autres hommes : sa science est seulement d’un ordre différent. Vous pourriez, j’en suis sûr, m’enseigner un tas de choses, comme pourrait en enseigner à un ours un charmant oiseau s’ils avaient une langue commune. Il y a heureusement une langue commune à l’homme et à la femme, et, grâce à elle, les ours peuvent être instruits.

— Ah ! voilà Fred qui commence à écorcher le piano ; il faut que j’aille l’empêcher d’écorcher vos nerfs, dit Rosemonde gagnant l’autre côté du salon.

Fred avait ouvert le piano à la prière de son père, pour que Rosemonde leur fît un peu de musique, et il était en train comme parenthèse d’exécuter Cerise mûre avec une seule main.

— Fred, remettez, s’il vous plaît, votre étude à demain ; vous allez faire mal à M. Lydgate, dit Rosemonde ; il a de l’oreille.

Notre paresseux ami Fred se mit à rire et acheva de jouer sa chanson.

Rosemonde se tourna vers Lydgate avec un doux sourire, disant :

— Vous le voyez, les ours ne veulent pas toujours se laisser instruire.

— À vous maintenant, Rosy, dit joyeusement Fred en