Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/219

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ou pour l’autre. Cette affaire serait restée pour lui chose absolument indifférente (c’est-à-dire qu’il eût suivi ses convenances en votant pour M. Tyke sans aucune hésitation), sans son attachement personnel à M. Farebrother, avec lequel il avait noué des relations intimes. Il y avait dans le désintéressement avec lequel le vicaire de Saint-Botolphe entrait dans la situation d’un nouveau venu qui avait sa carrière à faire, dans la générosité avec laquelle il s’attachait à l’éloigner de lui plutôt qu’à gagner son amitié, une délicatesse rare, que Lydgate comprit et apprécia vivement. D’autres traits vraiment nobles marquaient encore son caractère. Peu d’hommes à sa place eussent été aussi respectueusement tendres, aussi chevaleresques, qu’il l’était vis-à-vis de sa mère, de sa tante et de sa sœur, dont la tyrannie avait été peu favorable à l’agrément de son existence ; sensible comme il l’était aux petites douceurs de la vie, il était pourtant plus que personne résolu à ne jamais mettre en avant des désirs intéressés et personnels, sous le couvert de motifs plus élevés. Sous ce rapport, il avait la conscience de pouvoir livrer sa vie au grand jour sans avoir à rougir de l’examen le plus sévère ; et peut-être ce sentiment l’encourageait-il à se méfier de la rigidité de certains censeurs, dont les intimités avec le ciel ne semblaient pas améliorer la conduite journalière et dont les mobiles élevés ne pouvaient parfois expliquer les actes. Les sermons ingénieux et solides qu’il prononçait sans l’aide d’aucun livre attiraient bien des auditeurs étrangers à sa paroisse, et étant donné que de toutes les fonctions d’un clergyman la plus difficile est d’avoir toujours son église pleine, il y avait là pour lui un autre motif de se sentir une certaine supériorité sur les autres, si peu d’importance qu’il y attachât d’ailleurs. C’était enfin un homme sympathique, d’un caractère avenant, à l’esprit vif et prompt, sans aucune de ces grimaces d’amertume rentrée ou autres agréments aigres-doux de conversation dont tant de gens