Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/222

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Sauf qu’on ne pouvait souffrir ni sa personne ni son jargon d’Église, personne n’avait rien à reprocher à M. Tyke. À ce point de vue, en vérité, le choix de Bulstrode était pleinement justifié.

Mais, quelque voie que choisît Lydgate, il y avait toujours quelque chose qui le faisait reculer, et sa fierté naturelle s’en exaspérait. Il n’aimait pas à voir ruiner ses beaux et grands projets en se mettant mal avec Bulstrode, il ne se souciait pas davantage, en votant contre Farebrother, de contribuer à le priver, avec la fonction, d’un traitement précieux. Il se demandait si ces quarante livres ajoutées au revenu du vicaire ne l’eussent pas affranchi de cette basse préoccupation de gagner au jeu. Enfin, voter pour Tyke, c’était voter du côté qui lui était véritablement le plus avantageux à lui-même ; et cela, Lydgate, dans sa fierté, ne l’aimait pas non plus. Le monde ne manquerait pas de dire qu’il voulait se faufiler dans les bonnes grâces de Bulstrode. Eh bien, que lui importait ? Ne savait-il pas mieux que personne, que si son avantage personnel eût seul été en jeu, il n’aurait pas donné une noix sèche des bonnes grâces du banquier. Ce qu’il voulait, c’était un soutien pour son œuvre, un véhicule pour ses idées ; et, au bout du compte, ne devait-il pas s’attacher avant tout, sans plus s’inquiéter de cette question des chapelains, à l’établissement du nouvel hôpital, où il pourrait faire la démonstration de ses théories sur la fièvre et soumettre à l’expérimentation les résultats nouveaux de la thérapeutique.

Pour la première fois, Lydgate sentait peser sur lui, comme une toile qui l’enveloppait de ses fils entrelacés, le poids embarrassant des petites affaires sociales avec leurs misérables complexités. Quand il se mit en route pour l’hôpital, après ce long débat avec lui-même, tout son espoir reposait sur cette chance, que peut-être la discussion donnant un nouvel aspect à la question ferait pencher la balance de façon à lui épargner la nécessité de voter ; car il ne savait pour qui