Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/259

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dévoilaient dans une si simple ingénuité ? L’idée d’une harpe éolienne s’offrit encore à son esprit.

Elle s’était créé, pour se marier ainsi, quelque roman singulier. Et si M. Casaubon, pour l’emporter dans son repaire, se fût servi des griffes d’un dragon au lieu des formes légales, c’eût été un acte d’héroïsme obligatoire que de la délivrer et de se jeter à ses pieds. Mais il représentait quelque chose de bien plus difficile à vaincre qu’un dragon ; il représentait un bienfaiteur ; il avait le monde et l’opinion pour lui, et en ce moment même il entrait dans la chambre, irréprochable comme toujours de maintien et de démarche. Dorothée paraissait en proie à un regret, et à une toute fraîche inquiétude ; Will, de son côté, à ses réflexions, à son admiration pour les sentiments de la jeune femme.

M. Casaubon ressentit à cette vue une surprise dépourvue de toute espèce d’agrément, mais il ne se départit pas de sa politesse habituelle, pour saluer Will, qui se levait et lui expliquait sa présence chez lui. M. Casaubon était moins heureux que d’habitude et, peut-être pour cette raison, paraissait plus éteint et plus terne encore ; effet qui, sans cela, aurait pu être attribué au contraste de sa personne avec celle de son jeune cousin. La première impression que donnait l’aspect de Will était celle d’une clarté brillante et ensoleillée, ajoutant quelque chose de plus indéterminé encore, à sa mobilité d’expression. Les traits eux-mêmes paraissaient changer de forme ; sa bouche semblait tantôt grande et tantôt petite, et une légère ride du nez était faite comme pour ajouter aux métamorphoses du visage. Quand il tournait la tête d’un mouvement brusque, ses cheveux semblaient jeter des étincelles, et quelques personnes croyaient voir la marque du génie dans cet éclair de lumière. M. Casaubon était debout sans nul rayon sur sa physionomie.

Tandis que Dorothée tournait sur son mari des yeux