Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/260

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anxieux, elle n’était peut-être pas insensible à ce contraste, mais ce sentiment ne faisait que s’ajouter à d’autres causes pour rendre plus vive encore la nouvelle alarme qu’elle venait de ressentir ; pour la première fois il s’élevait dans son cœur une tendresse compatissante, éveillée non plus par ses propres rêves, mais par les réalités de la destinée de son mari. Pourtant la présence de Will en ce moment la rendait comme plus libre et plus à l’aise ; la bonne humeur de sa jeunesse était agréable, et peut-être aussi la sincérité de ses convictions. Elle sentait un besoin immense d’avoir quelqu’un à qui parler, et jamais auparavant elle n’avait rencontré personne d’aussi souple, d’aussi prompt à tout comprendre.

M. Casaubon émit gravement l’espoir que Will passait son temps à Rome d’une façon aussi profitable qu’agréable — il avait cru que son intention était de rester dans l’Allemagne du Sud, — puis il le pria de venir dîner avec eux le lendemain ; ils pourraient alors causer plus à l’aise car, pour le moment, il se sentait un peu fatigué. Ladislaw comprit l’intention, et, après avoir accepté, se retira sur-le-champ.

Les yeux de Dorothée suivaient avec anxiété son mari, qui s’abaissa d’un air de lassitude sur un canapé, appuyant sa tête sur sa main et regardant à terre. La rougeur aux joues et le regard brillant, elle vint s’asseoir à côté de lui et lui dit :

— Pardonnez-moi de vous avoir parlé si vivement ce matin. J’ai eu tort. Je crains de vous avoir blessé et de vous avoir rendu cette journée encore plus pénible.

— Je suis heureux que vous le sentiez ainsi, ma chère, dit M. Casaubon. Il parlait avec calme, la tête légèrement inclinée de son côté mais, tout en la regardant, il restait dans ses yeux une expression inquiète.

— Mais vous me pardonnez, n’est-ce pas ? reprit Dorothée