Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/262

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


conservent dans la mémoire les époques de notre vie qui ont vu quelque chère espérance s’évanouir, ou quelque élément nouveau s’élever à notre horizon. C’était une folle illusion qui lui avait fait espérer de trouver chez M. Casaubon un écho à ses sentiments ; elle s’en était aperçue ce jour-là pour la première fois ; mais elle avait en même temps senti s’éveiller en elle le pressentiment qu’une ombre triste et décourageante pesait peut-être aussi sur sa vie, à lui, et qu’il avait besoin d’autant d’appui et de secours qu’elle-même.



CHAPITRE X


Will Ladislaw se montra tout à fait charmant au dîner du lendemain et ne fournit pas de prétexte à M. Casaubon pour manifester son mécontentement, Dorothée crut remarquer, au contraire, que Will s’entendait mieux que personne à intéresser son mari à la conversation et à l’écouter respectueusement. Will parlait beaucoup lui-même, mais ce qu’il disait était lancé si rapidement avec une si insouciante facilité, comme des remarques sans importance qu’on eût dit un joyeux carillon après le son de la grosse cloche. Si tant est que Will ne fût pas toujours parfait, ce jour-là certainement fut un de ses bons jours. Il décrivit des scènes populaires de Rome que pouvait seul saisir un promeneur circulant partout ; il se trouva d’accord avec M. Casaubon sur les opinions erronées de Middleton à propos des rapports du judaïsme et du catholicisme ; il passa sans effort de ce grave sujet à une peinture à la fois enthousiaste et badine des jouissances qu’il avait trouvées à Rome dans la variété et l’amalgame même de tant d’éléments divers ; cette variété assouplissait l’esprit par des comparaisons continuelles et