Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/265

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Ils trouvèrent Naumann en train de peindre ; ses tableaux étaient disposés avec art, et lui-même, sympathique et avenant de sa personne, paré d’une blouse gorge de pigeon et d’une calotte de velours brun ; tout chez lui semblait arrangé comme à l’intention de la jeune et charmante lady qui venait le visiter. L’artiste fit bravement dans un anglais douteux de petites dissertations sur ses tableaux achetés et non achevés, observant d’ailleurs M. Casaubon avec autant d’attention que Dorothée. Will intervenait de temps à autre pour faire ressortir certains mérites particuliers dans l’œuvre de son ami ; et Dorothée avait le sentiment qu’elle acquérait sur l’art des notions toutes nouvelles.

— Je préférerais sentir qu’une peinture est belle plutôt que d’avoir à en chercher l’énigme ; mais je crois que j’apprendrais plus vite à comprendre les tableaux de votre ami que les vôtres, avec leur signification profonde, dit Dorothée à Ladislaw.

— Ne parlez pas de ma peinture devant Naumann, répliqua Will. Il vous dira que ce n’est que de la Pfuscherei et c’est son mot le plus injurieux.

— Est-ce vrai ? dit Dorothée en regardant de ses yeux sincères Naumann, qui fit une légère grimace en répondant :

— Oh ! Il n’est pas sérieux dans sa peinture. Sa vraie carrière, c’est la littérature. C’est une carrière va-aste…

L’épigramme involontaire de l’artiste réjouit tout à fait Will qui se mit à rire ; et M. Casaubon, tout en éprouvant un certain dégoût de l’accent germanique de Naumann, commença à accorder quelque estime à sa judicieuse sévérité. Cette estime ne diminua pas quand l’artiste, après avoir pris Will un instant à l’écart et avoir regardé alternativement une grande toile et M. Casaubon, revint s’adresser à lui.

— Mon ami Ladislaw me fait espérer que vous me pardonnerez, monsieur, si je vous dis qu’une esquisse de votre