Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/292

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fournissait, après un intervalle de plusieurs années, un thème d’affirmations passionnées faites pour exciter l’imagination de ses auditeurs. On voit que M. Bambridge était un homme de plaisir et un joyeux compagnon.

Fred, en garçon avisé qu’il était, se garda de dire à ses amis qu’il allait à Houndsley pour vendre son cheval, il espérait arriver indirectement à connaître leur véritable opinion sur sa valeur, ne se doutant pas qu’une opinion sincère était la dernière chose possible à arracher à ces éminents critiques. Ce n’était pas une des faiblesses de Bambridge de se montrer gratuitement flatteur ; jamais encore il n’avait été si frappé à la vue de ce malheureux cheval bai, poussif à un degré dont l’épithète la plus énergique et la plus épouvantable pouvait à peine donner l’idée.

— Vous avez fait là un bien mauvais marché en vous adressant à un autre que moi, Vincy ! Savez-vous que jamais vous n’aviez tenu entre vos jambes un plus beau cheval que votre alezan, et vous l’avez échangé contre cette rosse. Mettez-la au petit galop et elle souffle comme vingt scieurs de long. Je n’ai jamais entendu de ma vie qu’un seul cheval plus poussif que le vôtre, un rouan ; il appartenait à Pegwell, le facteur en blés ; il l’attelait à son cabriolet, il y a quelque sept ans et il voulait me le faire prendre. Mais je lui ai dit : « Je vous remercie bien, Peg ! je ne fais pas le commerce des instruments à vent. » Mais, par l’enfer ce cheval-là n’était qu’une trompette d’un penny à côté de votre hippopotame !

— Mais vous disiez tout à l’heure qu’il était pire que le mien, interrompit Fred, plus irritable que de coutume.

— J’ai dit un mensonge alors, s’écria M. Bambridge avec énergie, il n’y avait pas pour un penny de différence entre les deux.

Fred éperonna son cheval et ils trottèrent quelques instants en silence. Quand ils ralentirent le pas, M. Bambridge reprit :