Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/293

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— Pas un, avec cette différence que le rouan était meilleur trotteur que votre bai.

— Son allure me convient, c’est tout ce que j’en sais, dit Fred, qui avait besoin de toute sa conviction d’être en joyeuse compagnie pour se remonter un peu. Je prétends que son trot est exceptionnellement régulier, n’est-ce pas, Horrock ?

Horrock regarda droit devant lui avec une indifférence aussi absolue que celle d’un portrait de maître. Fred renonça à l’espoir trompeur de lui arracher jamais sa véritable opinion. Mais, en y réfléchissant bien, il s’aperçut que Bambridge en le dépréciant et Horrock par son silence étaient plutôt encourageants, c’était une manière d’indiquer qu’ils avaient meilleure opinion du cheval qu’ils ne voulaient le laisser paraître.

Ce même soir, avant l’ouverture de la foire, Fred crut trouver une occasion favorable pour se débarrasser de son cheval, occasion toutefois pour laquelle il dut se féliciter de s’être muni, par prévoyance, des quatre-vingts livres.

Un jeune fermier — connaissance de Bambridge, — descendit au Lion Rouge et se mit à causer d’un cheval de chasse du nom de Diamant dont il voulait se défaire, un cheval réputé dans la province. Ce qu’il lui fallait à lui, c’était un bon cheval de service qu’il pût atteler à l’occasion, étant sur le point de se marier et de renoncer à la chasse. Ce fameux Diamant se trouvait pour le moment dans l’écurie d’un ami, à une petite distance de l’auberge, et ces messieurs avaient encore le temps d’aller le voir avant la nuit.

Ils s’y rendirent, et Fred, dans l’espoir d’avoir rencontré le cheval qui allait enfin le mettre en possession de la somme dont il avait besoin, y retourna le lendemain matin dès qu’il fut prêt. Il était convaincu que, s’il ne faisait pas marché lui-même avec le jeune fermier, ce serait Bambridge