Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/295

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Fred croyait à l’excellence du marché, et, dès avant l’ouverture de la foire, il avait fait l’acquisition du cheval gris pommelé au prix de son vieux bai, en y ajoutant trente livres, cinq livres de plus seulement qu’il ne l’avait calculé.

Mais il se sentait légèrement fatigué et tourmenté, peut-être, par tous ces débats intérieurs ; et, sans prolonger davantage les divertissements de la foire aux chevaux, il se mit seul en route pour sa course de quatorze milles jusqu’à Middlemarch, comptant la faire très lentement pour garder son cheval frais et dispos.



CHAPITRE II


Je suis fâché de dire que, dès le troisième jour après les heureux événements de Houndsley, Fred Vincy était retombé dans de plus sombres dispositions que jamais. Avant la conclusion du marché qu’il avait en vue avec l’envoyé de lord Mediicote, ce Diamant, dans lequel il avait placé tout son espoir, un espoir de quatre-vingts livres, avait, sans le moindre avertissement, révélé tout à coup, à l’écurie, une énergie des plus vicieuses, sous la forme de ruades qui avaient failli tuer le groom, et s’était lui-même gravement estropié en se prenant la jambe dans une corde fixée aux planches de sa stalle. Pas plus de remède à la chose qu’à la découverte, après le mariage, d’un détestable caractère chez l’un des époux, — défauts dont, bien entendu, tous les vieux amis étaient parfaitement au courant avant la cérémonie.

Pour une raison ou pour une autre, Fred, en dépit de son élasticité d’esprit ordinaire, ne put supporter ce coup du sort : tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne possédait que cinquante livres, sans aucune chance, pour le moment, de s’en