Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/300

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— Elle vous apprend à parler et à écrire correctement, de façon à pouvoir vous faire comprendre. Voudriez-vous parler comme le vieux Job ?

— Oui, dit Ben fièrement, c’est bien plus drôle.

— Job n’a besoin, reprit mistress Garth, de parler que de choses très usuelles. Mais, vous, comment pourrez-vous jamais écrire ou parler de choses plus relevées, si vous ne savez pas plus de grammaire que lui ? Vous vous servirez de termes impropres, que vous ne saurez pas mettre à leur place ; on ne vous comprendra pas et on s’éloignera d’une aussi sotte personne. Que feriez-vous alors ?

— Cela me serait bien égal, je quitterais la partie, dit Ben, avec l’idée que, pour la grammaire, ce serait une issue fort agréable.

— Je vois que vous êtes fatigué et en train de devenir stupide, Ben, dit mistress Garth, habituée, de la part de son rejeton mâle, à ces arguments embarrassants. Sas pâtisseries achevées, elle se dirigea vers sa lessive et l’appelant :

— Venez ici et dites-moi l’histoire de Cincinnatus que je vous ai racontée mercredi.

— Je la sais ! c’était un fermier, dit Ben.

— Voyons, Ben, c’était un Romain.

— Laissez-moi raconter, dit Letty en lui envoyant un coup de coude.

— Nigaude, c’était un fermier romain et il labourait.

— Oui ; mais, avant cela ? ce n’est pas le commencement, cela ; les autres avaient toujours besoin de lui, dit Letty.

— Bon, mais il faut dire d’abord quel homme c’était, insista Ben. C’était un homme sage, comme papa, et c’est pourquoi tout le monde avait besoin de ses conseils. Et il était brave et il savait se battre. Et papa aussi savait se battre, n’est-ce pas, maman ?

— Voyons, Ben, laissez-moi raconter l’histoire d’un bout