Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/318

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— Ne craignez pas pour moi, père, dit Mary rencontrant de ses yeux graves les yeux de son père fixés sur les siens. Fred a toujours été bon pour moi ; il a bon cœur, il est affectueux et pas hypocrite, je crois, avec tout son amour de lui-même. Mais je n’engagerai jamais ma vie à un homme qui manque de cette indépendance virile et qui va gaspillant son temps, parce qu’il compte que les autres pourvoiront à tout pour lui. Vous et ma mère m’avez appris à avoir trop de fierté pour cela.

— Voilà qui est bien, très bien. Je suis tranquille maintenant, dit M. Garth en prenant son chapeau. Mais il m’est dur de m’enfuir ainsi avec vos économies, mon enfant.

— Mon père ! dit Mary de son ton de remontrance le plus profond. Et emportez aussi vos poches pleines d’amitiés pour eux tous à la maison.

— Votre père avait besoin de vos économies, sans doute, dit le vieux Featherstone avec sa finesse ordinaire à former des conjectures désagréables, lorsque Mary revint auprès de lui. Il n’est pas trop bien dans ses affaires, il me semble. Vous seriez d’âge maintenant à économiser pour vous-même.

— Mon père et ma mère sont la meilleure partie de moi-même, monsieur, répondit Mary froidement.

M. Featherstone grommela, il ne pouvait nier qu’une fille ordinaire comme elle fût dans son rôle en cherchant à se rendre utile ; aussi imagina-t-il une autre réplique assez désagréable pour être toujours à propos :

— Si Fred Vincy vient demain, entendez-vous, ne le retenez pas à bavarder avec vous ; laissez-le monter auprès de moi.