Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/329

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beaux jours dans sa vie ; elle se savait admirée par un homme digne d’être séduit, et pas plus dans son cœur que dans celui d’un autre, elle ne distinguait la flirtation de l’amour. Elle semblait voguer à pleines voiles avec un vent favorable vers le but où elle tendait, et ses pensées étaient fort occupées d’une belle maison dans Lovick-Gate, qu’elle espérait voir bientôt devenir vacante. Elle était bien décidée, une fois mariée, à se débarrasser adroitement de tous les visiteurs de son père qui ne lui étaient pas agréables ; et elle se représentait déjà le salon de sa maison préférée orné de toutes sortes de meubles de différents styles.

Certainement ses pensées étaient aussi fort occupées de Lydgate lui-même ; il lui paraissait presque une perfection. S’il eût mieux connu la musique (de façon que l’enchantement où il était de l’entendre n’eût pas été trop semblable à celui d’un éléphant sensible), et s’il avait seulement été plus habile à distinguer le raffinement de son goût en matière de toilette, elle aurait eu de la peine à signaler en lui un défaut quelconque. Qu’il était différent du jeune Plymdale ou de M. Caïus Larcher ! Ces jeunes gens n’avaient aucune notion du français et ne savaient parler d’une manière intéressante d’aucun sujet, si ce n’est peut être du commerce des teintures et des importations, dont naturellement ils rougissaient de parler. Ils appartenaient à la gentry de Middlemarch, élevés avec leurs cravaches à poignée d’argent et leurs cravates de satin ; mais ils étaient gauches, empruntés et niaisement goguenards. Fred lui-même était au-dessus d’eux, ayant au moins le ton et les manières d’un jeune homme de l’Université. Lydgate, au contraire, pouvait toujours être écouté. Il se comportait avec l’aisance polie de la supériorité qui a conscience d’elle-même, et semblait toujours vêtu des habits de circonstance par une certaine affinité naturelle, sans avoir jamais à s’en préoccuper. Rosemonde était fière de le voir paraître au salon et,