Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/347

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dans son cabinet pour se faire aider d’elle, comme il en avait eu l’intention, avant son mariage, demandait un effort qu’il était toujours tenté de différer, et, sans l’insistance suppliante de sa femme, il ne s’y serait peut-être pas décidé. Mais elle avait réussi à établir, comme une chose toute naturelle, que tous les matins, de bonne heure, elle viendrait s’installer dans la bibliothèque, pour y procéder à un travail régulier, soit de copie, soit de lecture à haute voix.

Ce travail avait été facile à déterminer, car M. Casaubon s’était décidé à faire paraître immédiatement une nouvelle brochure, une petite monographie sur les mystères des Égyptiens, qui devait réfuter certaines assertions de Warburton. Les travaux préparatoires auxquels il se référait étaient fort étendus, mais toutefois pas absolument sans limites ; il s’agissait pour le moment de les rédiger dans la forme où ils auraient à affronter le jugement de la postérité, et d’abord celui plus redoutable encore de Brasenose. Ces productions, moins monumentales que sa grande œuvre, étaient toujours une cause d’agitation pour M. Casaubon ; sa digestion se ressentait des citations qui lui venaient à l’esprit, et des arguments dialectiques qui se contrecarraient dans son cerveau. C’est ainsi qu’il se trouvait à une des époques les plus occupées de sa vie.

Dorothée l’avait rejoint de bonne heure dans la bibliothèque, où il avait déjeuné seul. Célia, en visite à Lowick pour la seconde fois, la dernière probablement avant son mariage, attendait pendant ce temps sir James au salon.

Dorothée avait appris à lire les signes de l’humeur de son mari, et elle vit que la matinée était devenue plus sombre dans la bibliothèque, pendant la dernière heure qu’il venait d’y passer. Elle se dirigeait, sans rien dire, vers son pupitre, quand il l’appela, d’une voix faible, marquant qu’il s’acquittait d’un devoir désagréable.