Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/368

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il est fils unique, et une grande affaire comme la leur vaut bien mieux qu’une profession libérale. Non pas que le mariage soit tout. Je voudrais vous voir chercher d’abord le royaume de Dieu. Mais une jeune fille devrait toujours rester maîtresse de son cœur.

— Si cela était, je ne le donnerais certainement jamais à M. Ned Plymdale. Je l’ai déjà refusé. Si j’aimais, j’aimerais du premier coup, et mon amour ne changerait jamais, dit Rosemonde, avec le sentiment de jouer avec grâce son rôle d’héroïne de roman.

— Je vois ce qu’il en est, ma chère, dit mistress Bulstrode d’une voix mélancolique en se levant pour sortir. Vous avez laissé votre cœur se donner, sans rien recevoir en retour.

— Pas du tout, ma tante, dit énergiquement Rosemonde.

— Alors, vous êtes donc bien convaincue que M. Lydgate a pour vous un sérieux attachement.

Les joues de Rosemonde brûlaient d’une rougeur persistante, et elle se sentait profondément mortifiée. Elle préféra se taire, et sa tante se retira d’autant plus convaincue de la vérité de l’histoire.

Dans les choses indifférentes et du monde, M. Bulstrode était disposé à faire ce que sa femme souhaitait, et, cette fois, sans lui donner ses raisons, elle le pria de tâcher de découvrir, à la première occasion, dans un de ses entretiens avec Lydgate, si ce dernier avait l’intention de se marier bientôt. Le résultat de cette enquête fut négatif. En répondant à toutes les questions contradictoires de sa femme, M. Bulstrode montra bien que Lydgate n’avait pas parlé comme un homme qui aurait quelque attachement devant se terminer par un mariage. Dès lors mistress Bulstrode sentit qu’elle avait un devoir sérieux à remplir, et elle se ménagea bientôt un tête-à-tête avec Lydgate, dans lequel elle passa, de ses questions sur la santé de Fred Vincy et de l’expression de