Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/417

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qui pleurait silencieusement auprès de Fred en tenant la main de ce fils bien-aimé, M. Vincy se leva aussitôt, et s’approchant d’elle, il lui dit à voix basse, tournant le dos à la compagnie :

— Ne vous laissez pas aller ainsi, Lucy ; ne vous rendez pas ridicule devant ces gens-là, ma chère. Puis il ajouta de sa voix forte : — Allez demander notre phaéton, Fred ; je n’ai pas de temps à perdre.

Mary Garth s’était préparée, pendant ce temps, à rentrer à la maison avec son père. Elle rencontra Fred dans le vestibule et, pour la première fois, elle eut le courage de le regarder. Il avait cette pâleur maladive qu’une forte émotion communique parfois à de jeunes visages, et sa main était froide quand elle la lui serra. Mary aussi était agitée ; elle sentait que fatalement, et malgré elle, elle était peut-être la cause d’un grand changement dans l’avenir de Fred.

— Adieu, lui dit-elle avec une affectueuse tristesse. Ayez du courage, Fred. Je crois sincèrement que vous valez mieux sans cet argent. Quel bien faisait-il à M. Featherstone ?

— Tout cela est bel et bien, repartit Fred avec humeur. Et que reste-t-il à faire à un pauvre diable ? Il faut que j’entre dans l’Église, à présent. (Il savait que cela vexerait Mary ; il faudrait bien qu’elle lui indiquât maintenant autre chose à faire.) Et j’espérais pouvoir rembourser votre père tout de suite et arranger tout cela. Et il ne vous a pas même laissé cent livres, à vous ; qu’allez-vous faire à présent, Mary ?

— Je chercherai une autre position, et je me hâterai d’en trouver une. Mon père a une assez grosse charge à entretenir tous les autres, sans moi. Adieu.

Au bout de peu de temps, Stone-Court se trouva débarrassé de la race des Featherstone et de ses visiteurs accoutumés d’autrefois. Un nouvel étranger allait donc s’établir dans le voisinage de Middlemarch, mais nul n’y était assez