Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/450

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attention, comme un enfant qui assiste, pour la première fois, à la représentation d’un drame.

Mais son visage s’épanouit également dans un sourire lorsqu’elle lui dit :

— Voilà, je suppose, votre excuse, pour vous être montré vous-même passablement rebelle, je veux dire rebelle aux désirs de M. Casaubon ; car il faut vous souvenir que vous n’avez guère fait ce qu’il jugeait le mieux pour votre avenir. Et, s’il a de l’aversion pour vous, — vous parliez d’aversion tout l’heure, — mais je dirais plutôt, s’il a jamais manifesté à votre égard des sentiments de regret, vous devez considérer combien les fatigues de l’étude l’ont rendu impressionnable. Peut-être, continua-t-elle du ton qu’on met à défendre une cause, peut-être mon oncle ne vous a-t-il pas dit combien la maladie de M. Casaubon était sérieuse. De notre part, à nous, qui sommes bien portants et en état d’endurer bien des choses, ce serait misérable de nous attacher à de petits griefs venant d’hommes qui ont à supporter le poids de l’épreuve.

— Vous me montrez mon devoir, dit Will. Je ne récriminerai plus jamais là-dessus. Il y avait dans sa voix une douceur qui venait de son inexprimable satisfaction à voir l’affection de Dorothée pour son mari se retrancher, sans qu’elle-même s’en rendît à peine compte, dans les limites de la simple pitié et de la loyauté conjugale. Will était prêt à adorer sa pitié et sa loyauté, pour peu qu’elle consentît à l’associer lui-même à ses sentiments. J’ai vraiment été mauvais parfois, continua-t-il, mais si j’en suis le maître, je ne dirai ou ne ferai plus rien désormais que vous désapprouviez.

— C’est très bien à vous, dit Dorothée, souriant avec candeur. J’aurai donc un petit empire, où je donnerai des lois. Mais vous vous en irez bientôt, hors de ma domination, j’imagine. Vous serez bientôt fatigué de la Grange.