Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/464

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Ladislaw vous fera honneur. Comptez-y, j’ai mis le doigt sur le bon ressort. » M. Casaubon reculait également d’instinct devant l’idée d’aborder le sujet avec sir James Chettam ; il n’y avait jamais eu grande cordialité dans leurs rapports, et il aurait beau ne pas nommer Dorothée, c’est à elle que penserait immédiatement Chettam.

Le pauvre Casaubon se méfiait des sentiments que le mari surtout, en lui, excitait chez tout le monde. Laisser supposer aux autres qu’il fût jaloux, ce serait accepter ce qu’ils avaient pu penser de ses désavantages personnels : leur faire savoir qu’il ne trouvait pas le mariage chose particulièrement heureuse, ce serait l’aveu qu’il était converti lui-même à cette désapprobation première qu’il leur attribuait. C’eût été aussi fâcheux que de faire publiquement connaître à Carp et à Brasenose, combien il était peu avancé encore dans le classement des matériaux de sa Clef des Mythologies. Pendant tout le cours de sa vie, M. Casaubon s’était efforcé de ne pas s’avouer à lui-même les blessures intérieures que lui causaient sa jalousie et la méfiance de ses forces. Sur le plus délicat de tous les sujets personnels, son habitude de fière réserve le retenait doublement aujourd’hui.

C’est ainsi que M. Casaubon resta fièrement enveloppé dans son silence amer. Mais il avait interdit à Will l’entrée de Lowick-Manor, et il se mit à ruminer d’autres mesures de frustration.



CHAPITRE V


Sir James Chettam ne pouvait voir d’un bon œil les nouvelles entreprises de M. Brooke. Mais il était plus facile de blâmer que d’empêcher. Sir James s’excusa un jour d’être venu seul au lunch chez les Cadwallader en disant :