Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/489

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— Et leurs jeux ne valent pas la peine de jouer, ajouta Jim. Elles ne peuvent ni sauter, ni lancer loin. Je comprends que Mary ne les aime pas.

— Qu’est-ce que Mary n’aime pas, eh ? fit le père regardant par-dessus ses lunettes et s’arrêtant avant d’ouvrir la lettre suivante.

— À être au milieu d’une réunion de filles niaises, dit Alfred.

— Est-ce la position dont on vous avait déjà parlé, Mary ? demanda Caleb avec tendresse en regardant sa fille.

— Oui, père, dans cette pension à York. Je suis décidée à accepter. C’est le mieux que je puisse faire : trente-cinq livres par an et quelque en sus pour enseigner les premiers tapotements sur le piano.

— Pauvre enfant ! Je voudrais qu’elle pût rester à la maison avec nous, Suzanne, dit Caleb en regardant tristement sa femme.

— Mary ne serait pas heureuse si elle ne faisait pas son devoir, répliqua mistress Garth avec solennité, se souvenant qu’elle-même avait fait le sien.

— Je ne serais pas heureux de faire un aussi sale devoir que celui-là, dit Alfred, à quoi Mary et son père se mirent à rire en silence ; mais mistress Garth le reprit gravement :

— Trouvez un mot plus convenable que sale, mon cher Alfred, pour tout ce qui vous semble désagréable. Et supposez que Mary vous aidât à entrer chez M. Hanmer avec l’argent qu’elle va gagner.

— Je trouverais cela une grande honte. Mais Mary est une bonne vieille bique ! conclut Alfred, quittant sa chaise et tirant en arrière la tête de Mary pour l’embrasser.

Mary rougit en riant, mais ne put cacher les larmes qui lui venaient aux yeux. Caleb avait une expression de ravissement mélangée de douleur quand il reprit sa lettre pour la lire.