Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/501

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Qu’est-ce donc que deux hommes si différents l’un de l’autre pouvaient bien voir dans cette « tache noire », comme Mary s’appelait elle-même. Ce n’était certainement pas son visage ordinaire et sans beauté qui les attirait (et que toutes les jeunes ladies se méfient des dangereux encouragements que leur donne la société en leur disant de compter sur leur manque de beauté). Un être humain, dans notre vieux pays, est un tout merveilleux, une lente création d’influences longtemps échangées, et le charme est le résultat de deux de ces touts : celui qui aime et celui qui est aimé.

Quand Caleb Garth et sa femme se trouvèrent assis en tête à tête :

— Suzanne, dit Caleb, devinez à quoi je pense ?

— À une question d’assolement, dit mistress Garth, lui souriant par-dessus son tricot, ou bien aux portes de derrière des chaumières de Tipton.

— Non, dit Caleb gravement. Je pense que je pourrais rendre un grand service à Fred Vincy. Christy est parti ; Alfred, lui aussi, va bientôt nous quitter, et il faudra bien cinq ans avant que Jim puisse se mettre aux affaires. J’aurai besoin d’aide et Fred pourrait venir s’initier à la besogne, travailler sous ma direction et qui sait ? on pourrait ainsi faire de lui un homme utile, s’il renonce à être pasteur, Qu’en pensez-vous ?

— Je pense que de tous les métiers honnêtes, c’est justement celui-là auquel sa famille s’opposerait le plus.

— Que me font leurs objections ? reprit Caleb avec une énergie qu’il montrait d’ordinaire quand il avait une opinion à lui. Ce garçon est d’âge à travailler et il faut qu’il gagne son pain ; il ne manque ni de bon sens ni de facilité, il aime ce qui se rapporte aux terres et je crois qu’il pourrait très bien apprendre les affaires s’il y appliquait son intelligence.

— Mais le voudrait-il ? Ses père et mère voulaient faire