Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/55

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poursuivi ma route jusqu’à la fin, sans chercher à éclairer ma solitude par une union matrimoniale.

» Tel est, ma chère miss Brooke, l’état exact de mes sentiments ; je m’en remets à votre bienveillance en osant vous demander maintenant jusqu’à quel point les vôtres sont de nature à confirmer mon heureux pressentiment. Je regarderais comme la faveur la plus élevée de la Providence de pouvoir devenir votre époux et le gardien de votre bonheur ici-bas. En retour, je puis vous offrir une affection qui du moins n’a pas été jusqu’ici follement dissipée, et vous consacrer une vie qui, malgré le peu de durée qu’elle a encore devant elle, ne contient pas dans son passé de pages capables de vous attrister ou de vous faire rougir si vous aviez l’idée de les tourner.

» J’attends l’expression de vos sentiments avec une anxiété que la sagesse m’ordonnerait d’apaiser, si je le pouvais, par un travail plus ardu que de coutume. Mais je suis resté jeune dans ce genre d’expérience, et je sens bien, à la pensée d’une réponse qui pourrait m’être défavorable, qu’il me serait plus difficile de me résigner à ma solitude après cet éclair passager d’espérance. Quoi qu’il en soit, je resterai votre sincèrement dévoué,

» Édouard Casaubon. »


Dorothée tremblait en lisant cette lettre ; quand elle l’eut achevée, elle tomba à genoux, cacha sa figure dans ses mains et sanglota ; elle ne pouvait prier ; sous le coup de cette émotion solennelle où toutes les pensées deviennent vagues et toutes les images flottantes et incertaines, elle ne pouvait que se réfugier avec lu foi de l’enfant dans le sein d’une conscience divine, soutien de sa propre conscience. Elle demeura ainsi jusqu’à ce qu’il fût temps de s’habiller pour le dîner. Comment aurait-elle songé à analyser sa