Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/54

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fonde et plus mystérieuse que celle de la date seule dans ce fait que j’ai senti et compris le vide de ma vie précisément à l’époque où je devais faire votre connaissance ; car, dès l’instant où je vous rencontrai, j’eus comme l’impression de votre aptitude éminente, exclusive peut-être, à remplir ce vide (vide, je puis le dire, lié à un intense besoin d’affection) que seraient impuissantes à constamment amortir mes justes préoccupations pour l’œuvre même à laquelle je me consacre. Chaque occasion nouvelle que j’ai eue de vous observer, a donné à ma première impression une base profonde, en me convaincant plus expressément de cette capacité que j’avais d’abord soupçonnée, et en laissant mieux voir en vous cette faculté d’affection dont je viens de parler. Je suppose que nos conversations vous ont suffisamment éclairée sur la portée de ma vie et de mes aspirations, portée sublime à mon avis, que des esprits d’un ordre plus vulgaire ne sauraient comprendre. Mais j’ai pu discerner en vous une élévation de pensée et une capacité de dévouement que je n’avais pas cru jusqu’ici compatibles avec le premier épanouissement de la jeunesse ni avec ces charmes du sexe susceptibles d’acquérir la vraie distinction lorsqu’ils se trouvent associés comme ils le sont en vous aux qualités de l’esprit que je viens de mentionner. C’était, je vous le confesse, au delà de mes espérances, de rencontrer cette rare combinaison d’éléments à la fois profonds et attrayants, propres à m’assister dans mes sérieux travaux et à répandre un charme inconnu sur mes heures de loisir.

» Je crois que notre rencontre (permettez-moi de le répéter) n’est pas une simple coïncidence avec les besoins antérieurs de mon âme, mais qu’elle y a été rattachée providentiellement comme l’échelon qu’il me fallait gravir encore pour atteindre à l’organisation parfaite de mon plan de vie. Sans cet heureux événement, j’aurais, sans doute