Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/93

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qu’il connaissait assez la nature des femmes pour comprendre ce genre d’exigence.

— Vous êtes bien bon d’y penser, dit Dorothée, mais je vous assure qu’il me serait plus agréable de voir toutes ces choses décidées sans moi. Laissez la maison telle qu’elle est et comme vous y viviez ; je l’aime bien mieux ainsi, ou décidez vous-même les changements qui vous semblent bons. Je n’ai pas de raison de désirer autre chose.

— Oh ! Dodo, dit Célia, ne veux-tu pas choisir pour ton boudoir la chambre à bow-window du premier étage ?

M. Casaubon les fit entrer dans cette pièce. Le bow-window donnait sur la longue avenue de tilleuls ; le mobilier en était d’un bleu fané, et sur l’un des murs se voyait un groupe de miniatures d’hommes et de femmes en cheveux poudrés. Un morceau de tapisserie recouvrant une porte, représentait un paysage bleu vert sur lequel se détachait un cerf aux couleurs pales. Les chaises et les tables aux longs pieds fragiles étaient faciles à renverser. On eût aisément évoqué dans cette chambre le fantôme d’une de ces anciennes châtelaines au corsage étroit revenant visiter le sanctuaire de son travail. Une petite étagère contenant des volumes in-douze de littérature choisie, complétait l’ameublement.

— Oui, dit M. Brooke, ceci ferait une jolie pièce en l’ornant de quelques nouveaux tableaux, de sofas et autres choses de ce genre. Pour le moment, elle est un peu nue.

— Non, mon oncle, dit Dorothée vivement, ne parlez pas de changer quoi que ce soit, je vous en prie. Il y a tant d’autres choses en ce monde qui auraient besoin d’être changées ! Je voudrais que l’on ne touchât à rien à cause de moi ; c’est aussi votre sentiment, n’est-ce pas ? ajouta-t-elle en regardant M. Casaubon. Cette chambre était peut-être celle de votre mère quand elle était jeune.

— Précisément, fit-il en inclinant lentement la tête.