Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/94

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Et voici votre mère, dit Dorothée qui s’était mise à examiner les miniatures. Ce portrait ressemble à celui que vous m’avez apporté, mais il me paraît meilleur. Et cet autre en face, qui est-ce ?

— La sœur aînée de ma mère. Elles étaient, comme vous et votre sœur, les seuls enfants de leurs parents, dont les portraits sont au-dessus des leurs. Les voyez-vous ?

— La sœur est jolie, dit Célia, laissant voir qu’elle avait une opinion moins favorable de la mère de M. Casaubon.

Célia découvrait, non sans quelque surprise, qu’il descendait d’une famille dont les membres avaient été jeunes dans leur temps et où les dames portaient des colliers.

— Elle a un visage très particulier, reprit Dorothée la regardant de plus près. Ces yeux gris profonds, un peu rapprochés… ; ce nez irrégulier et délicat avec une sorte de petite ride et toutes ces boucles poudrées qui retombent par derrière… ; elle me semble, à bien considérer, plutôt étrange que belle. Je ne trouve même pas de ressemblance de famille entre elle et votre mère.

— En effet ; et leurs destinées ne se sont pas ressemblées davantage.

— Vous ne m’en aviez jamais parlé, dit Dorothée.

— Ma tante a fait un fâcheux et malheureux mariage. Je ne l’ai jamais vue.

Dorothée s’étonna un peu, mais sentant qu’il y aurait de l’indiscrétion à faire des questions auxquelles M. Casaubon ne semblait pas désireux de répondre, elle se tourna du côté de la fenêtre pour admirer le paysage. Le soleil venait de percer les nuages, et les tilleuls de l’avenue projetaient leurs ombres alentour.

— N’irons-nous pas au jardin, maintenant ? proposa Dorothée.

— L’église vous intéressera, dit M. Brooke ; c’est une