Page:Emile Zola - L’Œuvre.djvu/151

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indignations, parmi les membres du jury !… Et encore on se méfie de moi, on se tait, quand je suis là !… Toutes les rages sont contre les affreux réalistes. C’est devant eux qu’on fermait systématiquement les portes du temple ; c’est à cause d’eux que l’Empereur a voulu permettre au public de réviser le procès ; ce sont eux enfin qui triomphent… Ah ! j’en entends de belles, je ne donnerais pas cher de vos peaux, jeunes gens !  

Il riait de son grand rire, les bras ouverts, comme pour embrasser toute la jeunesse qu’il sentait monter du sol.

— Vos élèves poussent, dit Claude simplement.

D’un geste, Bongrand le fit taire, pris d’une gêne. Il n’avait rien exposé, et toute cette production, au travers de laquelle il marchait, ces tableaux, ses statues, cet effort de création humaine, l’emplissait d’un regret. Ce n’était pas jalousie, car il n’y avait point d’âme plus haute ni meilleure, mais retour sur lui-même, peur sourde d’une lente déchéance, cette peur inavouée qui le hantait.

— Et aux Refusés, lui demanda Sandoz, comment ça marche-t-il ?

— Superbe ! vous allez voir.

Puis, se tournant vers Claude, lui gardant les deux mains dans les siennes :

— Vous, mon bon, vous êtes un fameux… Écoutez ! moi, que l’on dit un malin, je donnerais dix ans de ma vie, pour avoir peint votre grande coquine de femme. 

Cet éloge, sorti d’une telle bouche, toucha le jeune peintre aux larmes. Enfin, il tenait donc un succès ! Il ne trouva pas un mot de gratitude, il parla brusquement d’autre chose, voulant cacher son émotion.

— Ce brave Mahoudeau ! mais elle est très bien,