Page:Emile Zola - L’Argent.djvu/196

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qu’à tendre l’autre joue… Ah ! la guerre, elle est certaine, vous vous rappelez la baisse du mois dernier sur les fonds français et italiens, quand on a cru à une intervention possible de notre part dans les affaires d’Allemagne. Avant quinze jours peut-être, l’Europe sera en feu. 

De plus en plus surpris, Huret se passionna, contre son habitude.

— Vous parlez comme les journaux de l’opposition, vous ne voulez pourtant pas que l’Espérance emboîte le pas derrière le Siècle et les autres… Il ne vous reste plus qu’à insinuer, à l’exemple de ces feuilles, que, si l’empereur s’est laissé humilier, dans l’affaire des duchés, et s’il permet à la Prusse de grandir impunément, c’est qu’il a immobilisé tout un corps d’armée, pendant de longs mois, au Mexique. Voyons, soyez de bonne foi, c’est fini, le Mexique, nos troupes reviennent… Et puis, je ne vous comprends pas, mon cher, si vous voulez garder Rome au pape, pourquoi avez-vous l’air de blâmer la paix hâtive de Villafranca ? La Vénétie à l’Italie, mais c’est les Italiens à Rome avant deux ans, vous le savez comme moi ; et Rougon le sait aussi, bien qu’il jure le contraire, à la tribune…

— Ah ! vous voyez que c’est un fourbe ! cria superbement Saccard. Jamais on ne touchera au pape, entendez-vous ! sans que la France catholique entière se lève pour le défendre… Nous lui porterions notre argent, oui ! tout l’argent de l’Universelle ! J’ai mon projet, notre affaire est là, et vraiment, à force de m’exaspérer, vous me feriez dire des choses que je ne veux pas dire encore ! 

Jantrou, très intéressé, avait brusquement dressé l’oreille, commençant à comprendre, tâchant de faire son profit d’une parole surprise au passage.

— Enfin, reprit Huret, je désire savoir à quoi m’en tenir, moi, à cause de mes articles, et il s’agit de nous entendre… Voulez-vous qu’on intervienne, voulez-vous qu’on n’intervienne pas ? si nous sommes pour le principe des nationalités, de quel droit irions-nous nous