Page:Emile Zola - L’Argent.djvu/295

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mis. Il n’était pas dupe du prétexte de la loterie de bienfaisance, car il savait sa liaison, grâce à toute une police obséquieuse qui le renseignait, et il se doutait bien qu’elle venait, poussée par quelque intérêt grave. Aussi ne se gêna-t-il pas.

— Voyons, maintenant, dites-moi ce que vous avez à me dire. 

Mais elle affecta la surprise. Elle n’avait rien à lui dire, elle avait à le remercier simplement de sa bonté.

— Alors, on ne vous a pas chargée d’une commission pour moi ? 

Et il parut désappointé, comme s’il avait cru un instant qu’elle venait avec une mission secrète de Saccard, quelque invention de ce fou.

À présent qu’ils étaient seuls, elle le regardait en souriant, de son air ardent et menteur, qui excitait si inutilement les hommes.

— Non, non, je n’ai rien à vous dire ; et puis, puisque vous êtes si bon, j’aurais plutôt quelque chose à vous demander. 

Elle s’était penchée vers lui, elle effleurait ses genoux de ses fines mains gantées. Et elle se confessait, disait son mariage déplorable avec un étranger qui n’avait rien compris à sa nature, ni à ses besoins, expliquait comment elle avait dû s’adresser au jeu pour ne pas déchoir de sa situation. Enfin, elle parla de sa solitude, de la nécessité d’être conseillée, dirigée, sur cet effrayant terrain de la Bourse, où chaque faux pas coûte si cher.

— Mais, interrompit-il, je croyais que vous aviez quelqu’un.

— Oh ! quelqu’un, murmura-t-elle avec un geste de profond dédain. Non, non, ce n’est personne, je n’ai personne… C’est vous que je voudrais avoir, le maître, le dieu. Et cela, vraiment, ne vous coûterait guère d’être mon ami, de me dire un mot, rien qu’un mot, de loin en loin. Si vous saviez comme vous me rendriez heureuse, comme je vous serais reconnaissante, oh ! de tout mon être ! 

Elle s’approchait encore, l’enveloppait de sa tiède ha-