Page:Emile Zola - La Terre.djvu/408

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rait en faire autant, bousculait Lise. Qu’est-ce qu’ils fichaient là ? Bien sûr que de regarder le vieux, ça ne le soulageait point. Il divaguait maintenant, causait tout haut de choses qui n’avaient guère de suite, devait se croire dans les champs, où il travaillait dur, ainsi qu’aux jours lointains de son bel âge. Et Lise, mal à l’aise de ces vieilles histoires bégayées à voix basse, comme si le père fût enterré déjà et qu’il revînt, allait suivre son mari, qui se déshabillait, lorsqu’elle songea à ranger les vêtements du malade, restés sur une chaise. Elle les secoua avec soin, après avoir longuement fouillé les poches, dans lesquelles elle ne découvrit qu’un mauvais couteau et de la ficelle. Ensuite, comme elle les accrochait au fond du placard, elle aperçut en plein milieu d’une planche, lui crevant les yeux, un petit paquet de papiers. Elle en eut une crampe au cœur : le magot ! le magot tant guetté depuis un mois, cherché dans des endroits extraordinaires, et qui se présentait là, ouvertement, sous sa main ! C’était donc que le vieux voulait le changer de cachette, quand le mal l’avait culbuté ?

— Buteau ! Buteau ! appela-t-elle, si serrée à la gorge, qu’il accourut en chemise, croyant que son père passait.

Lui aussi resta suffoqué d’abord. Puis, une joie folle les emporta tous les deux, ils se prirent par les mains, ils sautèrent l’un devant l’autre comme des chèvres, oubliant le malade, qui, les yeux fermés maintenant, la tête clouée dans l’oreiller, dévidait sans fin les bouts de fil rompus de son délire. Il labourait.

— Eh ! là, rosse, veux-tu !… Ça n’a pas trempé, c’est du caillou, nom de Dieu !… Les bras s’y cassent, faudra en acheter d’autres… Dia hue ! bougre !

— Chut ! murmura Lise, qui se tourna en tressaillant.

— Ah ! ouiche ! répondit Buteau, est-ce qu’il sait ? Tu ne l’entends donc pas dire des bêtises ?

Ils s’assirent près du lit, les jambes brisées, tant la secousse de leur joie venait d’être forte.

— D’ailleurs, reprit-elle, on ne pourra pas nous accuser d’avoir fouillé, car Dieu m’est témoin que je n’y