Page:Emile Zola - Le Docteur Pascal.djvu/256

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— Je vous dis que je ne veux plus avoir un sou ! Je le dépenserais encore… Tenez ! Martine, vous êtes la seule raisonnable. Vous ferez durer l’argent, j’en suis bien convaincu, jusqu’à ce que nos affaires soient arrangées… Et toi, chérie, garde ça, ne me fais point de peine. Embrasse-moi, va t’habiller.

Il ne fut plus question de cette catastrophe. Mais Clotilde avait gardé le collier au cou, sous sa robe ; et cela était d’une discrétion charmante, ce petit bijou si fin, si joli, ignoré de tous, qu’elle seule sentait sur elle. Parfois, dans leur intimité, elle souriait à Pascal, elle sortait vivement les perles de son corsage, pour les lui montrer, sans une parole ; et, du même geste prompt, elle les remettait sur sa gorge tiède, délicieusement émue. C’était leur folie qu’elle lui rappelait, avec une gratitude confuse, un rayonnement de joie toujours aussi vive. Jamais plus elle ne les quitta.

Une vie de gêne, douce malgré tout, commença dès lors. Martine avait fait un inventaire exact des ressources de la maison, et c’était désastreux. Seule, la provision de pommes de terre promettait d’être sérieuse. Par une malchance, la jarre d’huile tirait à sa fin, de même que le dernier tonneau de vin s’épuisait. La Souleiade, n’ayant plus ni vignes ni oliviers, ne produisait guère que quelques légumes et un peu de fruits, des poires qui n’étaient pas mûres, du raisin de treille qui allait être l’unique régal. Enfin, il fallait quotidiennement acheter le pain et la viande. Aussi, dès le premier jour, la servante rationna-t-elle Pascal et Clotilde, supprimant les anciennes douceurs, les crèmes, les pâtisseries, réduisant les plats à la portion congrue. Elle avait repris toute son autorité d’autrefois, elle les traitait en enfants, qu’elle ne consultait même plus sur leurs désirs ni sur leurs goûts. C’était elle qui réglait les menus, qui savait mieux qu’eux