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Page:Emile Zola - Le Rêve.djvu/127

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VI


Pendant deux jours, Angélique fut accablée de remords. Dès qu’elle était seule, elle pleurait, comme si elle eût commis une faute. Et la question, d’une obscurité alarmante, renaissait toujours : avait-elle péché avec ce jeune homme ? était-elle perdue, ainsi que ces vilaines femmes de la Légende, qui cèdent au diable ? Les mots, murmurés si bas : « Je vous aime », retentissaient d’un tel fracas à son oreille, qu’ils venaient pour sûr de quelque terrible puissance, cachée au fond de l’invisible. Mais elle ne savait pas, elle ne pouvait savoir, dans l’ignorance et la solitude où elle avait grandi.

Avait-elle péché avec ce jeune homme ? Et elle tâchait de bien se rappeler les faits, elle discutait les scrupules de son innocence. Qu’était-ce donc que le péché ? Suffisait-il de se voir, de causer, de mentir ensuite aux parents ? Cela ne devait pas être tout le mal. Alors, pourquoi suffoquait-elle ainsi ? pourquoi, si elle n’était pas coupable, se sentait elle devenir autre, agitée d’une âme nouvelle ? Peut-