Page:Emile Zola - Le Rêve.djvu/85

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tants jetés comme des ponts dans le vide. Elle la sentait éveillée sous les ténèbres, pleine d’une songerie de sept siècles, grande des foules qui avaient espéré et désespéré devant ses autels. C’était une veille continue, venant de l’infini du passé, allant à l’éternité de l’avenir, la veille mystérieuse et terrifiante d’une maison où Dieu ne pouvait dormir. Et, dans la masse noire, immobile et vivante, ses regards retournaient toujours à la fenêtre d’une chapelle du chœur, au ras des arbustes du Clos-Marie, la seule qui s’allumât, ainsi qu’un œil vague ouvert sur la nuit. Derrière, à l’angle d’un pilier, brûlait une lampe de sanctuaire. Justement, cette chapelle était celle que les abbés d’autrefois avaient donnée à Jean V d’Hautecœur et à ses descendants, avec le droit d’y être ensevelis, en récompense de leur largesse. Consacrée à saint Georges, elle avait un vitrail du douzième siècle, où l’on voyait peinte la légende du saint. Dès le crépuscule, la légende renaissait de l’ombre, lumineuse, comme une apparition ; et c’était pourquoi Angélique, les yeux rêveurs et charmés, aimait la fenêtre.

Le fond du vitrail était bleu, la bordure, rouge. Sur ce fond d’une sombre richesse, les personnages, dont les draperies volantes indiquaient le nu, s’enlevaient en teintes vives, chaque partie faite de verres colorés, ombrés de noir, pris dans les plombs. Trois scènes de la légende, superposées,