Page:Emile Zola - Le Ventre de Paris.djvu/16

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les grandes hottes des porteurs posées à terre. Du pavillon à la chaussée, le va-et-vient des hottes s’animait, au milieu des têtes cognées, des mots gras, du tapage des voix s’enrouant à discuter un quart d’heure pour un sou. Et Florent s’étonnait du calme des maraîchères, avec leurs madras et leur teint hâlé, dans ce chipotage bavard des Halles.

Derrière lui, sur le carreau de la rue Rambuteau, on vendait des fruits. Des rangées de bourriches, de paniers bas, s’alignaient, couverts de toile ou de paille ; et une odeur de mirabelles trop mûres traînait. Une voix douce et lente, qu’il entendait depuis longtemps, lui fit tourner la tête. Il vit une adorable petite femme brune, assise par terre, qui marchandait.

— Dis donc, Marcel, vends-tu pour cent sous, dis ?

L’homme, enfoui dans une limousine, ne répondait pas, et la jeune femme, au bout de cinq grandes minutes, reprenait :

— Dis Marcel, cent sous ce panier-là, et quatre francs l’autre, ça fait-il neuf francs qu’il faut te donner ?

Un nouveau silence se fit :

— Alors qu’est-ce qu’il faut te donner ?

— Eh ! dix francs, tu le sais bien, je te l’ai dit… Et ton Jules, qu’est-ce que tu en fais, la Sarriette ?

La jeune femme se mit à rire, en tirant une grosse poignée de monnaie.

— Ah bien ! reprit-elle, Jules dort sa grasse matinée… Il prétend que les hommes, ce n’est pas fait pour travailler.

Elle paya, elle emporta les deux paniers dans le pavillon aux fruits qu’on venait d’ouvrir. Les Halles gardaient leur légèreté noire, avec les mille raies de flamme des persiennes ; sous les grandes rues couvertes, du monde passait, tandis que les pavillons, au loin, restaient déserts, au milieu du grouillement grandissant de leurs trottoirs. À la pointe Saint-Eustache, les boulangers et les marchands de vin ôtaient