Page:Emile Zola - Le Ventre de Paris.djvu/336

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Celle-ci se leva, terrible, laissant glisser le châle.

— Tu mouchardes donc ! cria-t-elle. Répète donc un peu ce que tu viens de dire.

— Tu es bien lâche, répéta la jeune fille d’une voix plus insultante.

Alors, la Normande, à toute volée, donna un soufflet à Claire, qui pâlit affreusement et qui sauta sur elle, en lui enfonçant les ongles dans le cou. Elles luttèrent un instant, s’arrachant les cheveux, cherchant à s’étrangler. La cadette, avec une force surhumaine, toute frêle qu’elle était, poussa l’aînée si violemment qu’elles allèrent l’une et l’autre tomber dans l’armoire, dont la glace se fendit. Muche sanglotait, la vieille Méhudin criait à mademoiselle Saget de l’aider à les séparer. Mais Claire se dégagea, en disant :

— Lâche, lâche… Je vais aller le prévenir, ce malheureux que tu as vendu.

Sa mère lui barra la porte. La Normande se jeta sur elle par-derrière. Et, mademoiselle Saget aidant, à elles trois, elles la poussèrent dans sa chambre, où elles l’enfermèrent à double tour, malgré sa résistance affolée. Elle donnait des coups de pied dans la porte, cassait tout chez elle. Puis, on n’entendit plus qu’un grattement furieux, un bruit de fer égratignant le plâtre. Elle descellait les gonds avec la pointe de ses ciseaux.

— Elle m’aurait tuée, si elle avait eu un couteau, dit la Normande, en cherchant ses vêtements pour s’habiller. Vous verrez qu’elle finira par faire un mauvais coup, avec sa jalousie… Surtout, qu’on ne lui ouvre pas la porte. Elle ameuterait le quartier contre nous.

Mademoiselle Saget s’était empressée de descendre. Elle arriva au coin de la rue Pirouette juste au moment où le commissaire rentrait dans l’allée des Quenu-Gradelle. Elle comprit, elle entra à la charcuterie, les yeux si brillants, que Lisa lui recommanda le silence d’un geste, en lui mon-